Depuis quelques semaines, Ormuz fait la une de toute la presse économique et de l’actualité internationale à la faveur de la guerre au Moyen-Orient. Dans ce contexte de trouble, la relative stabilité des marchés sur cette période fait même penser qu’il s’agit d’un choc mineur.
Et vous, Ormuz vous amuse-t-il ?
La question peut sembler provocante, mais elle reflète bien le paradoxe actuel des marchés : malgré une montée des tensions autour du Détroit d'Ormuz, les actifs risqués tiennent relativement bien.
Faut-il y voir une résilience ou une forme de complaisance ? Un point de passage critique… largement ignoré ?
Le détroit d’Ormuz est l’un des points névralgiques du commerce mondial ; c’est le passage stratégique reliant le Golfe persique au reste du monde : ~20 % du pétrole mondial y transite, il constitue aussi un axe essentiel pour le gaz du Golfe, et les économies asiatiques en dépendent fortement.
Ainsi donc en théorie, toute perturbation de ce détroit devrait provoquer un choc majeur. Mais on observe plutôt une volatilité, mais pas de panique durable, des marchés actions relativement stables et des réactions pour la plupart de courte durée. On se retrouve donc devant un paradoxe des marchés : le pricing minimal du risque. En effet, malgré les tensions militaires, les menaces sur les routes maritimes et les risques d’escalade régionale, le marché semble adopter une posture “Wait and See”.
Cela peut s’expliquer par trois facteurs :
1/ Une habituation au risque géopolitique
Les situations de crise sont devenues un peu fréquentes ces dernières années : l’Ukraine, le Moyen-Orient, la mer rouge… Les investisseurs se sont donc habitués au risque, ils ont appris à profiter de la baisse et considérer ces événements comme temporaires.
2/ Excès de liquidité (héritage des années Quantitative Easing)
Le Quantitative easing (ou assouplissement quantitatif) est une politique monétaire par laquelle la banque centrale rachète massivement de la dette publique ou d'autres actifs financiers afin d'injecter de l'argent dans l'économie, réduire les taux d'intérêt à long terme, et stimuler la croissance.
L’hypothèse ici est qu’il y a un excès de liquidité sur le marché après des années de Quantitative Easing appliquée par les banques centrales. Alors, le réflexe de marché : Tout choc est vu comme une opportunité à saisir avec la liquidité disponible.
3/ Absence de choc immédiat d’offre
Tant que le pétrole circule, le marché reste “calme”
Mais attention ! le risque est asymétrique. Le vrai danger n’est pas dans le scénario central, mais dans le tail risk : fermeture complète du Détroit, les attaques ciblées sur les infrastructures et l’escalade régionale. Dans ce cas, on peut observer une montée soudaine et brutale du pétrole, un choc immédiat de l’inflation et une correction rapide des actions.
Implications en gestion et recommandations
Sous-estimation du risque extrême : Les investisseurs, très complaisants, ont ignoré les scénarios extrêmes, n’ont pas demandé assez de rendement pour compenser ces risques, et prennent donc plus de risque géopolitique qu’ils ne le pensent.
Rôle clé des matières premières : couverture naturelle et convexité en cas de choc
Besoin de protection : options, or et stratégies asymétriques
Allocation plus prudente : Dans un tel environnement incertain, il est conseillé de réduire son exposition au risque et chercher une diversification qui fonctionne réellement en cas de stress.
Question centrale
Le marché est-il rationnel (le risque est exagéré) ou complaisant (le risque est ignoré) ?
Alors Ormuz peut amuser tant que rien ne se passe.
Mais l’histoire des marchés montre que les risques géopolitiques sont rarement valorisés avant de se matérialiser. Et lorsque c’est le cas, il est souvent trop tard.
Dans un monde où les chocs sont plus fréquents, l’enjeu n’est plus seulement de générer de la performance, mais de survivre aux scénarios extrêmes


