MACRO - Conflit au Moyen-Orient: quelles conséquences?

30/04/2026
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Comme nous l’écrivions dans la newsletter de janvier, on peut penser que nous sommes entrés dans un moment de basculement géopolitique avec une rupture de l’ordre mondial qui prévalait depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les organisations d’arbitrage des conflits internationaux que sont – en autres – l’ONU et l’OMC (Organisation Mondial du Commerce), sont devenus inopérants et c’est désormais la loi du plus fort qui prévaut, source de fortes instabilité géopolitiques. Dernier exemple en date et non des moindres : le conflit au Moyen-Orient. 


Le 28 février dernier, les États-Unis et Israël ont lancé – sans aucune consultation - une opération offensive en Iran. Au moment, où nous écrivons cette note, après plus d’un mois de conflit, nous apprenons que les Etats-Unis et l’Iran ont finalement trouvé un accord de cessez-le-feu pour deux semaines afin d’avoir le temps d’ouvrir des discussions de paix. En contrepartie de la fin des frappes américaines, Téhéran s’est engagé à rouvrir le détroit d’Ormuz. Beaucoup de zones d’incertitudes persistent, à commencer par la position d'Israël (qui exclut le Liban de cet accord). Nous ne nous hasarderons pas à estiment la réelle solidité de cessez-le-feu et prévoir l’issue de cette crise mais nous ne pouvons pas écarter le risque d’une reprise des combats. Les objectifs de l’administration américaine apparaissent peu clairs et changeants et parfois en décalage avec les buts de guerre d’Israël. Cela créé beaucoup d’incertitude sur la suite politique et diplomatique du conflit.

 

L’une des conséquences majeures de ce conflit est la fermeture quasi-complète du détroit d'Ormuz. Cela empêche les pétroliers de naviguer dans ce détroit stratégique qui constituent une artère essentielle pour l'économie mondiale par laquelle transite près de 20 % de l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz. Notons que 84% de ce transit est normalement dirigé vers l’Asie. Depuis la fin février, les prix de pétrole ont ainsi bondit de 70 à plus de 100 $ le baril. Dans le même temps, les prix du gaz ont doublé. 


Outre une forte augmentation des prix énergétiques, cette crise va avoir des effets en cascade. Le pétrole et le gaz sont essentiels à la production de composés chimiques, utilisés notamment dans la production d’engrais et d’acides aminés, essentiel pour l’agriculture mais également de polyéthylène et polypropylène, deux plastiques largement utilisés dans l’emballage, l’automobile, le bâtiment ou la santé. Le Moyen-Orient est également un acteur majeur dans la filière de l’aluminium, avec près de 10 % de la production mondiale. Des difficultés d’approvisionnement de ce métal auront des conséquences dans l’automobile, la construction ou l’agroalimentaire. Au final, c’est donc l’ensemble de l’économie mondiale qui est affecté par cette situation. La sévérité des conséquences dépendra de la durée du conflit. Un conflit long aurait des conséquences très néfastes à la fois sur l’inflation et sur la croissance.
Les marchés financiers ont vivement réagi notamment sur les marchés obligataires. 


La flambée des prix énergétiques fait craindre un retour de l’inflation.

 Le choc de prix de 2021-2022 est très présent dans les esprits. Ainsi, les marchés financiers ont drastiquement révisé leurs anticipations de politique monétaire par les banques centrales. Pour la BCE, nous sommes ainsi passés d’une prévision de statu quo à 2 ou 3 hausses de taux pour 2026. Pour la Fed, il est envisagé un statu quo pour cette année contre 2 baisses de taux précédemment.  Cela a entrainé une forte hausse des taux d’intérêt. Les taux à 10 ans en France sont passés de 3.20% fin février à plus de 3.80% fin mars. Les banquiers centraux ont en effet déjà affirmé leur détermination à ne pas laisser les anticipations d’inflation s’emballer et se tiennent prêts à durcir leurs politiques monétaires. Elles veulent éviter comme en 2022, le risque d’une nouvelle boucle prix-salaires. La boucle salaires-prix est un phénomène macroéconomique d'entraînement réciproque entre l'augmentation du niveau des prix, à savoir l'inflation et les augmentations de salaires. 
Mais elles se montrent également prudentes en soulignant les différences entre 2022 et aujourd’hui. Elles citent avec raison des marchés de l’emploi beaucoup moins tendus, l’absence d’une épargne de type « Covid » et une capacité très réduite des Etats à mettre en place un « quoi qu’il en coûte énergétique » comme cela avait été le cas en 2022. 


Dès lors, plutôt qu’une flambée inflationniste, on peut craindre une violente contraction de la consommation des ménages et donc un fort ralentissement économique et un impact très significatif sur les marges des entreprises. Ce scenario potentiel de « stagflation » serait très négatif pour les marchés financiers mais il n’est pas encore écrit.